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Pour une autre société

paru le vendredi 13 février 2009

Avant le débat sur l’orientation budgétaire du département, le Conseil Général a souhaité auditionner les organisations syndicales ce vendredi 13 février 2009. La Fédération Syndicale Unitaire a souhaité replacer la question de la situation économique et sociale dans un contexte plus large, voire mondial.

La situation économique et sociale de la Nièvre. Avant d’en arriver à ce niveau je voudrais très rapidement évoquer le niveau mondial. Car c’est bien là que se sont joués un grand nombre d’ évènements qui ont provoqué la crise que nous connaissons.
Le capitalisme traverse une grave crise structurelle comme il en a rarement connu ; l’exacerbation de sa logique de profits et leur accumulation sans fin l’a conduit à sacrifier les deux piliers sur lesquels il s’appuie et dont il ne peut se passer : les humains et la nature.
En France, les politiques de sauvetage des banques qui ne se donnent pas les moyens d’un quelconque contrôle et les multiples plans de relance ne remettent pas en cause cette logique de croissance prédatrice et d’accumulation sans limites.
La question de la place de l’Homme sur cette Terre et la question de la société que nous voulons pour l’avenir sont donc aujourd’hui cruciales.
C’est ainsi qu’il nous faut remettre les valeurs de solidarité, d’égalité, de fraternité au premier plan. Or, qu’observe-t-on actuellement en ce domaine ? éducation, santé, communication, énergie, transport, justice... les inégalités face à l’accès à ces services grandissent tant du point de vue financier, que géographique. Nous avons beaucoup de craintes de voir encore augmenter le nombre d’exclus, ou de voir s’appauvrir la qualité des services car on aura diminué les moyens consacrés. Et les réponses du gouvernement en la matière continuent pourtant d’aller dans le même sens, celui qui vise à faire porter la responsabilité de l’endettement de l’État à ces même Services Publics . Ainsi la révision générale des politiques publiques entraîne une réorganisation de l’Etat, et des mesures d’externalisation voire de privatisation d’une partie des missions. C’est le cas par exemple pour la culture, les contrôles de sécurité (sanitaires, sécurité des bâtiments ou des poids lourds.
Loin de réduire les coûts, ces mesures risquent d’aggraver les inégalités sociales et sont porteuses de risques pour la population. Pour les départements ruraux, ce sont des pertes d’emplois puisque externalisations et concentrations se feront en direction des grands centres urbains (comme Dijon). L’Etat renonce ainsi à peser sur l’aménagement du territoire, alors que l’on sait bien que le repeuplement des territoires ruraux passe par un tissu suffisamment dense de services publiques. Un débat citoyen doit avoir lieu sur ces questions même si il est difficile à mener.
Sur la question de l’énergie par exemple : le marché de l’énergie s’ouvre de plus en plus avec un paradoxe environnemental de taille qui voudrait que les citoyens consomment moins ou mieux mais qui voit se développer une multitude de fournisseurs privés dont le seul désir est de vendre plus. Et ce marché va en outre créer de nombreuses inégalités tarifaires que seul l’état était jusque-là capable de réguler. Enfin quel fournisseur remettra en état et à ses frais des lignes endommagées par une tempête dans une région rurale peu peuplée, donc peu rémunératrice ? La production énergétique soulève d’autres questions et notamment celle du nucléaire qui fait débat dans la mesure où elle pose des problèmes en termes de sécurité publique et d’environnement. Si le choix du nucléaire restait valide on ne pourrait concevoir que des entreprises privées soient en charge de centrales nucléaires : ce serait laisser entre les mains de quelques personnes motivées par le gain et la productivité la vie de millions de concitoyens. Nous avons besoin au contraire d’une politique plus volontaire favorisant le développement des énergies renouvelables par le secteur public, qui ont l’avantage d’être à la fois plus respectueuses de l’environnement, créatrices d’emplois nouveaux et qualifiés et surtout moins dangereuses dans leur exploitation.
C’est d’un choix positif de civilisation pour améliorer la qualité de vie et la justice sociale dont nous avons besoin. Cela passe par une transition économique qui qui permettra de rétablir un équilibre de long terme entre les besoins de l’humanité, de toute l’humanité, et les ressources de la planète.

De la même manière le service postal est un facteur de cohésion sociale. Sa privatisation transforme malheureusement les usagers en clients et ceux qui ne rapporteront rien risquent de devoir se passer de distribution du courrier. Les exemples de ces privatisations et surtout de leurs résultats catastrophiques (comme au Royaume-Uni) ne manquent pas. Là encore ce sont les zones rurales qui seront les plus touchées.
C’est ainsi aussi que des drames récents mettent en évidence l’asphyxie de l’hôpital. Réduire les « coûts », supprimer des lits, faire gérer l’hôpital comme une entreprise... on ne peut supporter une telle gestion de la santé des français. La Création des Agences Régionales de Santé, pilotées par un « préfet sanitaire » va réduire le périmètre de la sécurité sociale et le rôle des partenaires sociaux, et modifiera la place des structures sociales départementales. Elle a surtout pour but de réduire les dépenses, en l’absence d’une véritable réforme de l’organisation du système de santé. Pour la FSU, l’objectif est de parvenir à l’égalité de tous dans l’accès à la santé.
Il faut réfléchir à une meilleure répartition des médecins et spécialistes sur le territoire, contester une médecine libérale productiviste en actes et s’interroger sur la liberté totale d’installation. Les dépassements tarifaires doivent être interdits, comme le secteur lucratif à l’hôpital. Surtout, c’est à une réorientation du système qu’il faut travailler en transformant le système de soins en système de santé, plus préventif. Cela passe notamment par l’éducation à la santé, l’amélioration de la santé au travail et la lutte contre les méfaits de l’environnement.
On assiste aussi à une dégradation du service rendu aux usagers dans le domaine de l’emploi alors même qu’explose le chômage. La création du nouveau « pôle emploi » s’accompagne de la menace de la fermeture de près de 40% des points d’accueil des usagers et d’une dégradation des conditions de travail des agents.
Parallèlement à cette baisse du service rendu on note aussi que la souffrance sociale ne cesse de croître. La journée d’action d’action du 29 janvier en a été une illustration flagrante.
Les « réformes », les réformes annoncées, imposées à marche forcée sans concertation, ont des conséquences désastreuses et sont source de mobilisations dans de nombreux secteurs (l’enseignement supérieur et la recherche actuellement.
Cela a pu mettre en difficulté le gouvernement voire l’obliger à des reculs partiels. Dans l’éducation, la convergence des mobilisations des personnels, des parents et des jeunes a permis d’obtenir des reculs ou des reports.
Mais l’ensemble des suppressions d’emplois prévues est maintenu avec des conséquences importantes sur les postes mis au concours ; sont poursuivies les orientations d’une politique scolaire qui menace le service public et qui va à l’inverse de ce qui serait nécessaire pour lutter efficacement contre l’échec et les inégalités avec notamment le maintien de la réforme de la voie professionnelle.
Dernier avatar de cette démarche l’annonce par le ministre de la création de 5.000 emplois de « médiateurs de la réussite scolaire » chargés, en liaison avec les familles, de traiter l’absentéisme scolaire dans les établissements. Cette annonce est la reconnaissance de la nécessité d’augmenter le nombre d’adultes dans les établissements pour assurer l’encadrement des élèves et en particulier le suivi des absences en liaison avec les familles, ce que la FSU réclame depuis de nombreuses années.
Mais le choix du ministre de faire appel à des emplois aidés est inacceptable :
 la mission qui leur serait confiée est actuellement assurée par les CPE (Conseillers principaux d’Éducation) et par les assistantes sociales, c’est-à-dire des personnels qualifiés et formés alors que les personnels précaires ne bénéficieraient d’aucune formation ;
 alors qu’un nombre d’EVS en fin de contrat va se retrouver fin juin sans aucune perspective, il est fait appel une nouvelle fois à des personnels précaires sans dispositif d’aide à l’insertion.
Ainsi, pour des raisons manifestes d’économie, cette politique défait et recompose nos métiers et nos missions en exposant toujours plus les professionnels et les usagers aux lois dites naturelles du marché.
Et le bilan des mises en œuvre des différents types de contrats d’insertion est pourtant globalement un échec, dans la capacité à résoudre tant la question du chômage de longue durée que celle de la pauvreté. Et la formation professionnelle reste le parent pauvre des politiques d’insertion dont l’empilement des contrats rend cette politique opaque.

Notre société doit cependant reconnaître la place centrale de l’être humain, avec ses connaissances, sa qualification, sa créativité, son intelligence dans un travail épanouissant créateur de richesses et de solidarités. Le travail doit être une force d’émancipation, mais il est dénaturé par le chômage massif et la précarisation des emplois. Les collectifs de travail ont été affaiblis par les modes de management et les politiques d’individualisation des carrières et des salaires, culpabilisant les salariés et les mettant en concurrence. Ces pratiques ont généré chez beaucoup une souffrance au travail. Les inégalités de salaires se sont accentuées, au détriment des salarié-e-s précaires et des jeunes. Cela suppose donc de transformer profondément la rémunération, mais aussi le cadre, les modalités, les conditions de travail, la démocratie au sein de l’entreprise, du service, de l’établissement. Cela suppose de porter des revendications sur la prise en main par les salariés de leur travail, de créer autour du travail de nouvelles formes de sécurité : sociale, environnementale, sanitaire, au cours de la vie, incluant la période de formation jusqu’à la retraite. La participation active des retraités à la vie associative, à des initiatives citoyennes, à la vie municipale, familiale, amicale contribue à la qualité du « vivre ensemble », au développement des liens sociaux et intergénérationnels. Ils sont aussi des agents économiques qui organisent et opèrent des transferts financiers vers leurs descendants. Ces activités non marchandes sont mésestimées, seuls sont mis en évidence actuellement le vieillissement et le niveau des pensions, « fléaux » qui hypothéqueraient l’avenir !
Les enjeux à venir méritent autre chose ! La FSU est partie prenante de réflexions et de débats qui devraient asseoir des changements s’ils s’avèrent utiles pour les jeunes de ce pays.
L’École, parce qu’elle est le lieu où une société construit son avenir, mérite bien autre chose que des réformes brutales faites à la va-vite et sans concertation, sans reconnaissance des personnels de l’éducation et de leur professionnalité.
Si l’École est un lieu de transmission de savoirs, il est certainement nécessaire de s’interroger sur les savoirs qu’elle transmet.
Qu’ils doivent être utiles, personne n’en doute mais cela est tout autre chose que de vouloir les réduire à un usage immédiatement utilitaire. Des pans entiers de la connaissance, qu’ils soient littéraires, artistiques, scientifiques ou historiques ne peuvent être dissous dans « l’esprit d’entreprise ».
On peut vouloir une École dont le but unique serait d’orienter les élèves dans le monde du travail et où les savoirs, les programmes et les savoir-faire seraient dictés par les seuls impératifs économiques. Nous voulons pourtant rêver de construire autre chose, une École qui mettrait en partage pour tous, l’intégralité des savoirs humains. Oui, nous rêvons d’une autre école, celle de la réussite pour tous.
Là est le débat de fond : soit une École du socle utilitaire de connaissances, soit une École de la culture commune, qui seule permet de construire une société et former ses futurs citoyens.
Les enseignants, quelles que soient leurs spécialités, savent au moins une chose : s’il est indispensable de centrer l’enseignement sur des disciplines précises, il n’y a pourtant de savoir que global.
J’ai parlé tout à l’heure de la formation professionnelle, je ne voudrais pas oublier la formation professionnelle continue car dans un monde en perpétuel changement, autant pour s ’adapter aux évolutions des métiers que pour changer d ’emploi ou en retrouver un après un licenciement, elle est indispensable Or on constate que l’accès à la formation professionnelle continue est souvent tributaire du niveau de formation initiale : le taux d’accès à la formation professionnelle continue va de 23,4 % pour les titulaires d’un CAP ou d’un BEP, à 44,3 % pour les diplômés de l’enseignement supérieur. Les inégalités sont aussi présentes en fonction de la taille de l’entreprise : Le taux de départ en formation est de 12 % dans les Très petites entreprises (TPE) contre plus de 40 % pour l’ensemble des entreprises.

Pour conclure, illisibilité et versatilité des politiques économiques, cadeaux fiscaux aux plus riches, remise en cause des droits sociaux et régressions en matière de droit du travail : les politiques menées sont dangereuses socialement, plus encore dans un contexte où le chômage progresse. Elles accroissent la précarisation. Cette dégradation des conditions de vie s’accompagne du retour d’un ordre conservateur, criminalisant toutes les couches de la société, des mineurs aux acteurs des mouvements sociaux. C’est l’autonomie et la capacité d’agir de chacune et chacun qui sont aujourd’hui remises en cause, au détriment des libertés publiques. Cette montée du contrôle social et sécuritaire est le pendant de la montée des inégalités.
Alors que la politique gouvernementale exacerbe les peurs, renforce l’atomisation des individus et propose des solutions sécuritaires à ce qui devrait relever des solidarités collectives, il nous faut défendre une organisation sociale redistributive, qui garantit l’équité, la justice, le droit à vivre dans une société apaisée et respectueuse des individus, de leurs droits, de leur liberté, une société qui donne confiance, seule garantie de cohésion sociale.
Je m’en voudrais de ne pas parler ici des familles ou de jeunes scolarisés sans papiers ; je l’ai déjà fait devant cette même assemblée mais malheureusement ce thème est encore d’actualité.
Si les nivernais sont encore nombreux à se mobiliser pour leur défense, empêchant parfois leur expulsion, cette nécessaire défense des individus peine à trouver une expression massive contre la politique du gouvernement. Pourtant la reconquête des droits au regroupement familial, à l’accès à la nationalité, à l’asile, l’acquisition de nouveaux droits (vote et éligibilité aux élections locales et aux élections professionnelles...), faire reculer les politiques de durcissement (refuser l’Europe forteresse consacrée par le Pacte européen sur l’immigration, l’abandon des quotas d’expulsion...), tout cela nécessite la mobilisation de tous les démocrates forcément indignés par l’idée de délation d’un ministre -eut-il été de gauche un jour.

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